Une patiente m'a demandé un jour si ses embryons, congelés sept ans plus tôt, étaient « encore bons ». La question est fréquente, et elle repose sur une intuition compréhensible mais fausse : l'idée qu'un embryon congelé vieillit comme un aliment au congélateur. Ce n'est pas ce qui se passe.
Ce qui se passe à −196 °C
Les embryons sont conservés dans l'azote liquide, à −196 °C. À cette température, toute activité biologique est suspendue : il n'y a ni métabolisme, ni division cellulaire, ni vieillissement. L'enjeu se situe à deux moments seulement, la congélation et la décongélation, quand les cellules traversent les températures où se forment des cristaux de glace.
C'est là qu'intervient la technique. Depuis la fin des années 2000, la plupart des laboratoires utilisent la vitrification, une congélation ultra-rapide qui transforme le milieu en une sorte de verre sans cristaux. Elle a largement remplacé la congélation lente, utilisée auparavant. La différence se voit surtout au réchauffement.
Une méta-analyse de sept essais randomisés, publiée en 2017, a confirmé l'avantage de la vitrification sur la congélation lente pour la survie des embryons au réchauffement. Avec la vitrification, la grande majorité des blastocystes survivent au réchauffement. C'est ce qui a fait de la congélation une étape ordinaire de la FIV, et parfois la stratégie de choix.
La durée de congélation change-t-elle les chances ?
C'est la question la plus étudiée, et les résultats sont dans l'ensemble rassurants, avec une nuance au-delà de cinq ans.
- Une étude portant sur 8 736 blastocystes vitrifiés réchauffés, conservés jusqu'à huit ans, n'a trouvé aucune différence de naissances selon la durée, ni d'effet sur le poids de naissance ou les malformations.
- Une méta-analyse publiée en 2022, portant sur plus de 18 000 embryons, n'a pas trouvé de différence de survie, de naissance ni de malformations au-delà de douze mois de conservation.
- Une étude espagnole publiée en 2024, portant sur 58 001 blastocystes vitrifiés sur onze ans, n'a trouvé aucun lien entre la durée de conservation et les naissances ; les trois quarts des embryons y avaient toutefois été conservés moins de trois ans.
- Quelques études, surtout chinoises et monocentriques, ont en revanche observé des taux de naissance plus bas après une conservation plus longue, en particulier au-delà de cinq ans. L'une d'elles, publiée en 2024 et portant sur 36 665 transferts avec une conservation allant jusqu'à 9,5 ans, trouvait moins d'implantations et de naissances au-delà de cinq ans, y compris pour des blastocystes de bonne qualité. Une explication possible est que les meilleurs embryons sont en général transférés en premier : ceux qui restent longtemps congelés sont, en moyenne, un peu moins bons. Une étude portant sur 2 688 transferts d'embryons chromosomiquement normaux n'a d'ailleurs trouvé aucun effet de la durée une fois ce biais pris en compte.
En pratique, un embryon vitrifié depuis deux, cinq ou huit ans n'a pas de raison d'être considéré comme « périmé », même si un effet modeste au-delà de cinq ans n'est pas exclu. Le facteur qui pèse vraiment reste l'âge de la femme au moment où l'ovocyte a été prélevé, pas le temps passé dans l'azote. Toutes ces études sont rétrospectives : elles rassurent, sans tout démontrer.
Les records connus
En octobre 2022, des jumeaux sont nés aux États-Unis à partir d'embryons congelés en avril 1992, plus de trente ans plus tôt. En juillet 2025, un garçon est né, toujours aux États-Unis, d'un embryon congelé en mai 1994 par la méthode lente de l'époque : c'était alors le plus long délai connu. Ces naissances, issues de dons d'embryons, sont des cas exceptionnels ; elles ne disent rien des chances moyennes, mais montrent qu'un embryon bien conservé peut rester viable pendant des décennies. Le don d'embryons en Grèce est décrit dans l'article dédié.
Ce que permet la loi grecque
La loi grecque fixe une durée de conservation de cinq ans, prolongeable par périodes de cinq ans depuis la loi 4958/2022, sur demande écrite avant l'échéance. Sans demande de prolongation, c'est l'option choisie dans votre consentement qui s'applique. Le coût annuel, les options en fin de projet et les pièges du consentement sont détaillés dans l'article sur la conservation des embryons.
Les règles varient beaucoup d'un pays à l'autre. Au Royaume-Uni, par exemple, la durée maximale est passée à 55 ans, avec un renouvellement du consentement tous les dix ans. Si vos embryons sont conservés en Grèce, c'est le droit grec qui s'applique, même si vous vivez ailleurs. Et si vous souhaitez les faire transférer dans un autre pays, voir le transport d'embryons entre pays.
Ce qu'il faut demander pour des embryons anciens
- Avec quelle technique ont-ils été congelés : vitrification ou congélation lente ?
- À quel stade : embryon de J2-J3 ou blastocyste de J5-J6 ?
- Combien de paillettes, et combien d'embryons par paillette ?
- Le laboratoire maîtrise-t-il le réchauffement des embryons congelés lentement, si c'est votre cas ?
Ces informations figurent normalement dans le compte rendu du laboratoire. Si vous ne les avez pas, ou si le document est en grec, écrivez-moi : je les demande au centre.
Questions fréquentes
Combien de temps peut-on garder un embryon congelé ?
Biologiquement, des décennies : des naissances ont eu lieu après plus de trente ans de congélation. La limite est surtout légale ; en Grèce, cinq ans, renouvelables par périodes de cinq ans.
La durée de congélation diminue-t-elle les chances de grossesse ?
Pour des embryons vitrifiés, la plupart des études ne trouvent pas d'effet de la durée, au moins sur plusieurs années. Quelques-unes observent des résultats moins bons au-delà de cinq ans, peut-être parce que les meilleurs embryons ont été transférés en premier.
Quel est le plus long délai de congélation connu avant une naissance ?
Plus de trente ans : en juillet 2025, un garçon est né aux États-Unis d'un embryon congelé en mai 1994, le plus long délai connu à cette date. Le précédent record, des jumeaux nés en 2022, venait d'embryons congelés en 1992.
Combien de temps la loi grecque autorise-t-elle la conservation ?
Cinq ans, prolongeables par périodes de cinq ans sur demande écrite avant l'échéance, depuis la loi 4958/2022.
Sources- Rienzi L. et al., Human Reproduction Update, 2017 — méta-analyse : vitrification ou congélation lente des ovocytes et des embryons.
- Ueno S. et al., Reproductive BioMedicine Online, 2018 — durée de conservation des blastocystes vitrifiés et issues de grossesse.
- Canosa S. et al., Journal of Assisted Reproduction and Genetics, 2022 — méta-analyse sur la durée de cryoconservation.
- Cimadomo D. et al., Reproductive BioMedicine Online, 2022 — durée de conservation de blastocystes euploïdes.
- Zhan et al., Human Reproduction, 2024 — 36 665 transferts, conservation jusqu'à 9,5 ans : moins de naissances au-delà de 5 ans.
- Cobo A. et al., American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2024 — 58 001 blastocystes vitrifiés sur 11 ans.
- MIT Technology Review, juillet 2025 — naissance à partir d'un embryon congelé en 1994.
- HFEA — entrée en vigueur de la durée maximale de conservation de 55 ans (1er juillet 2022).
- Loi grecque 4958/2022 — durée de conservation des gamètes et des embryons.
Cet article est une information générale d'ordre pratique et administratif. Il ne constitue ni un conseil médical ni un conseil juridique. Les règles et les montants évoluent : vérifiez toujours l'information à jour auprès de votre caisse d'assurance maladie, du centre qui vous suit et de votre médecin.
Triada Baloukoudis
Coordinatrice indépendante de parcours FIV à Thessalonique, 24 ans d'expérience auprès de patientes venues de l'étranger. En savoir plus · Contact · Facebook
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