Taille du texte
Médical

Infertilité inexpliquée : quand tous les examens sont normaux, que faire ?

« Tout est normal » est la phrase la plus frustrante d'un parcours. Elle ne veut pas dire qu'il n'y a rien à faire, mais que la cause n'est pas mesurable avec les examens actuels.

Publié le · 5 min de lecture · par Triada Baloukoudis

C'est un diagnostic fréquent, et beaucoup de patientes que j'accompagne l'ont entendu à un moment de leur parcours. Il est vécu comme une absence de réponse, parfois comme un soupçon : « si rien n'explique, c'est peut-être dans la tête ». Ce n'est pas le cas. En 2023, la Société européenne de reproduction humaine et d'embryologie (ESHRE) a publié une recommandation entière sur le sujet. Elle permet de remettre de l'ordre dans ce que l'on fait, et surtout dans ce que l'on peut éviter.

Ce que veut dire « inexpliquée »

Selon l'ESHRE, on parle d'infertilité inexpliquée chez un couple qui n'a pas obtenu de grossesse après au moins douze mois de rapports réguliers sans contraception, alors que les examens de base sont normaux : ovulation, trompes perméables, utérus, col, bassin, et spermogramme. La définition retenue par le groupe d'experts concerne les femmes de 40 ans ou moins.

Ce dernier point compte. Après 40 ans, la baisse de la qualité des ovocytes devient une explication à part entière, même si les examens semblent normaux, et la stratégie n'est plus la même. Voir la grossesse après 40 ans.

Les examens utiles, et ceux qu'on peut éviter

Le bilan doit être complet avant de conclure, mais il n'a pas à être infini. La recommandation tranche plusieurs questions :

  • Les trompes se vérifient par hystérosalpingographie ou par échographie de contraste (hystérosonographie de perméabilité tubaire) : les deux sont considérés comme fiables.
  • La cœlioscopie diagnostique systématique n'est pas recommandée pour poser ce diagnostic.
  • L'AMH n'explique pas une infertilité chez une femme aux cycles réguliers : elle prédit la réponse à une stimulation, pas les chances de grossesse naturelle. Voir ce que dit vraiment le taux d'AMH.
  • L'hystéroscopie systématique, à la recherche d'une anomalie que l'échographie n'a pas montrée, n'est pas recommandée dans ce cadre précis. Elle garde sa place en cas d'image suspecte ou d'échecs d'implantation, ce qui est un autre sujet.

La liste des examens de base, organisée par jour du cycle, est dans le bilan de fertilité.

Attendre, ou traiter tout de suite ?

L'ESHRE ne fixe pas de règle unique : la décision de commencer un traitement dépend du pronostic du couple, c'est-à-dire surtout de l'âge de la femme, de la durée d'infertilité et d'une éventuelle grossesse antérieure. Un couple jeune, qui essaie depuis un an, garde une chance réelle de grossesse spontanée dans les mois qui suivent. Un couple qui essaie depuis quatre ans, avec une femme de 38 ans, n'a plus intérêt à attendre.

L'ordre des traitements

C'est le point qui surprend le plus. Pour l'infertilité inexpliquée, la recommandation européenne place en premier l'insémination intra-utérine avec stimulation ovarienne, et non la FIV d'emblée. La stimulation se fait à faible dose, avec une surveillance échographique, pour éviter les grossesses multiples et l'hyperstimulation. Les médicaments utilisés sont décrits dans l'article sur les stimulations simples.

Selon l'ESHRE, la FIV n'est probablement pas à préférer d'emblée à l'insémination stimulée : c'est une recommandation conditionnelle, fondée sur des preuves de faible qualité. Le groupe d'experts précise que la décision doit être individualisée selon l'âge, la durée d'infertilité, les traitements et les grossesses antérieurs. En pratique, chez une femme plus âgée ou après plusieurs années d'infertilité, la FIV est souvent discutée plus tôt. Et en FIV, l'ICSI n'est pas recommandée à la place de la FIV classique quand le sperme est normal ; voir ICSI ou FIV classique.

Au Royaume-Uni, la recommandation du NICE, révisée en 2026, va dans le même sens. Après deux ans d'essais, elle propose soit d'envisager jusqu'à quatre cycles d'insémination avec stimulation par gonadotrophines avant la FIV, soit de passer directement à la FIV, selon la situation et les préférences du couple. Elle déconseille en revanche la stimulation seule, sans insémination.

Ce qui n'est pas recommandé

Plusieurs options, souvent proposées à des couples découragés, sont écartées par la recommandation : le « grattage » de l'endomètre (scratching), les antioxydants chez la femme, l'acupuncture et l'inositol. Aucune n'a montré de bénéfice suffisant dans ce contexte. Le tri plus général entre options utiles et inutiles est fait dans l'article sur les add-ons. Le soutien psychologique, une alimentation équilibrée et l'activité physique sont, eux, encouragés.

Et la FIV à l'étranger, dans ce cas ?

Je le dis aussi franchement à mes patientes : venir en Grèce pour des inséminations a rarement du sens. Il faut souvent plusieurs cycles, et chacun impose un voyage aux dates de l'ovulation. Les inséminations se font plus simplement près de chez vous. L'étranger devient intéressant au moment de la FIV, si les délais, l'âge limite ou le coût vous bloquent chez vous : voir quel pays choisir.

Un diagnostic d'infertilité inexpliquée a aussi une particularité : la FIV elle-même apporte des informations que les examens ne donnent pas, comme le nombre d'ovocytes obtenus, le taux de fécondation et l'évolution des embryons jusqu'au blastocyste. C'est parfois là qu'apparaît enfin une explication.

Si vous êtes dans cette situation et ne savez plus par où reprendre, écrivez-moi : on peut relire ensemble votre bilan et voir ce qui manque, ou ce qui est en trop.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'infertilité inexpliquée ?

L'absence de grossesse après au moins douze mois de rapports réguliers sans contraception, alors que l'ovulation, les trompes, l'utérus et le spermogramme sont normaux. La définition européenne concerne les femmes de 40 ans ou moins.

Faut-il faire une cœlioscopie ?

Pas de manière systématique. L'ESHRE ne la recommande pas pour diagnostiquer une infertilité inexpliquée ; elle reste indiquée en cas de symptômes ou d'images évoquant une endométriose ou une autre anomalie.

Faut-il passer directement à la FIV ?

Pas forcément. La recommandation européenne place en premier l'insémination avec stimulation à faible dose, et considère que la FIV n'est probablement pas à préférer d'emblée. La décision reste individuelle, selon l'âge, la durée d'infertilité et les traitements antérieurs.

L'ICSI augmente-t-elle les chances en cas d'infertilité inexpliquée ?

Non. Quand le sperme est normal, l'ESHRE ne recommande pas l'ICSI à la place de la FIV classique.

Cet article est une information générale d'ordre pratique et administratif. Il ne constitue ni un conseil médical ni un conseil juridique. Les règles et les montants évoluent : vérifiez toujours l'information à jour auprès de votre caisse d'assurance maladie, du centre qui vous suit et de votre médecin.
Triada Baloukoudis

Triada Baloukoudis
Coordinatrice indépendante de parcours FIV à Thessalonique, 24 ans d'expérience auprès de patientes venues de l'étranger. En savoir plus · Contact · Facebook

Une question sur votre situation ?

Le premier échange est gratuit et sans engagement.

Sur le même sujet

WhatsApp