La décision se prend en quelques minutes, le matin du transfert, souvent sans que personne ne l'ait vraiment préparée. Elle mérite mieux, parce qu'elle engage la santé de la grossesse davantage que la plupart des autres choix du parcours.
Ce que le double transfert change réellement
Transférer deux embryons augmente le taux de grossesse par transfert, c'est vrai. Mais lorsqu'on compare correctement — un transfert de deux embryons frais contre un transfert d'un embryon frais suivi, si besoin, d'un transfert congelé — les taux cumulés de naissance sont équivalents. Vous n'obtenez donc pas plus d'enfants au total : vous obtenez plus souvent deux enfants d'un coup.
Cet effet est particulièrement net avec des blastocystes de bon grade et chez les femmes de moins de 38 ans, où le double transfert produit surtout des jumeaux. Avec un don d'ovocytes, la qualité embryonnaire élevée rend le double transfert encore plus risqué de ce point de vue.
Les risques d'une grossesse gémellaire
Ils ne sont pas théoriques, et ils concernent la mère et les enfants :
- Prématurité : environ 50 % des jumeaux naissent avant 37 semaines, contre 7 % des singletons. La grande prématurité, avant 32 semaines, est environ dix fois plus fréquente.
- Faible poids de naissance, avec ses conséquences néonatales.
- Prééclampsie et diabète gestationnel : risque au moins doublé.
- Césarienne : très majoritaire.
- Hémorragie de la délivrance, plus fréquente.
- Mortalité et morbidité périnatales nettement supérieures.
Ces risques augmentent encore avec l'âge maternel, ce qui rend le double transfert particulièrement discutable chez une femme de plus de 40 ans, alors que c'est précisément là qu'on le demande le plus.
Ce que recommandent les sociétés savantes
Le transfert d'un seul embryon est la recommandation par défaut chez les femmes de moins de 38 ans disposant d'un embryon de bonne qualité, et systématiquement après un test génétique préimplantatoire ou avec un don d'ovocytes. Les pays scandinaves, la Belgique et les Pays-Bas l'appliquent largement, avec des taux de grossesse gémellaire tombés sous les 5 % sans perte d'efficacité globale.
Le transfert de deux embryons se discute dans des situations précises : âge avancé avec embryons de qualité moyenne, échecs répétés, ou nombre d'embryons limité sans possibilité d'en obtenir d'autres. C'est une discussion, pas une préférence.
Ce que permet la loi grecque
La législation grecque est plus permissive que la pratique recommandée : elle autorise le transfert de deux embryons avant 35 ans — jusqu'à trois à partir du troisième cycle — et jusqu'à trois embryons après 40 ans. Autrement dit, un centre peut légalement vous proposer davantage que ce que les recommandations européennes conseillent.
C'est un point que je vérifie systématiquement, et une question qu'il faut poser à l'avance, pas le matin du transfert : « quelle est votre politique de transfert, et pourquoi dans mon cas ? » Un centre qui propose deux embryons de bon grade à une femme de 34 ans avec don d'ovocytes doit pouvoir justifier ce choix autrement que par la demande de la patiente.
Et si vous voulez des jumeaux ?
Je l'entends souvent, et la raison est presque toujours la même : la fatigue du parcours, la peur de devoir recommencer, le coût d'un second cycle. Ce sont des raisons compréhensibles. Il faut simplement savoir que le prix se paie ailleurs — en risque de prématurité pour les enfants et en risque obstétrical pour vous — et qu'une seconde grossesse à partir d'un embryon congelé coûte 900 à 1 800 euros, bien moins qu'un séjour prolongé en néonatalogie ne coûte en inquiétude. Le transfert congelé est décrit ici.
La vraie sécurité contre le fait de devoir tout recommencer, ce n'est pas de transférer deux embryons : c'est d'en avoir congelé plusieurs.
Questions fréquentes
Transférer deux embryons double-t-il les chances ?
Non. Le taux par transfert augmente, mais à taux cumulé équivalent : un transfert unique suivi si besoin d'un transfert congelé donne autant d'enfants au total, avec beaucoup moins de jumeaux.
Quels sont les risques d'une grossesse gémellaire ?
Environ 50 % de naissances avant 37 semaines contre 7 % pour un singleton, grande prématurité dix fois plus fréquente, prééclampsie et diabète gestationnel au moins doublés, césarienne majoritaire.
Combien d'embryons la loi grecque autorise-t-elle ?
Deux avant 35 ans, jusqu'à trois à partir du troisième cycle, et jusqu'à trois après 40 ans. C'est plus permissif que les recommandations européennes, qui privilégient le transfert unique.
Quand un double transfert se discute-t-il ?
En cas d'âge avancé avec des embryons de qualité moyenne, d'échecs répétés, ou d'un nombre d'embryons limité sans possibilité d'en obtenir d'autres. Jamais par défaut, et rarement avec un don d'ovocytes.
Sources- ESHRE guideline — Number of embryos to transfer during IVF/ICSI (2024).
- Loi grecque 3305/2005, dispositions sur le nombre d'embryons transférables selon l'âge.
- Santé publique France / INSERM — issues périnatales des grossesses gémellaires.
Cet article est une information générale d'ordre pratique et administratif. Il ne constitue ni un conseil médical ni un conseil juridique. Les règles et les montants évoluent : vérifiez toujours l'information à jour auprès de votre caisse d'assurance maladie, du centre qui vous suit et de votre médecin.
TB
Triada Baloukoudis
Coordinatrice indépendante de parcours FIV à Thessalonique, 24 ans d'expérience auprès de patientes venues de l'étranger. En savoir plus · Contact
Une question sur votre situation ?
Le premier échange est gratuit et sans engagement.