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Don d'ovocytes : pourquoi attendre 22 mois en France quand la Grèce n'a pas de liste d'attente ?

Les chiffres officiels sont sans appel : la France manque de donneuses. Comprendre pourquoi permet de décider en connaissance de cause, plutôt que par découragement.

Publié le · 5 min de lecture · par Triada Baloukoudis

Une femme de 39 ans à qui l'on annonce un délai de deux ans pour un don d'ovocytes n'entend pas « deux ans ». Elle entend « 41 ans », puis calcule ce qu'il lui restera de marge avant la limite des 43 ans. C'est ce calcul, plus que le coût ou la distance, qui pousse chaque année plusieurs milliers de patientes françaises vers l'étranger.

Les délais français en chiffres

Selon les données publiées par l'Agence de la biomédecine pour l'année 2025, le délai moyen de prise en charge pour une PMA avec don d'ovocytes atteint environ 22 mois en France, avec de fortes disparités régionales. Le don de spermatozoïdes affiche un délai moyen de l'ordre de 17 à 18 mois. Ces durées ont reculé légèrement par rapport à 2024, mais elles restent structurellement longues.

La raison est simple : le nombre de donneuses. En 2025, environ 1 050 femmes ont donné leurs ovocytes en France, un chiffre en hausse mais très loin des besoins. Depuis l'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes en 2021, la demande a fortement augmenté, sans que l'offre suive. Le don est gratuit, non indemnisé au-delà des frais, et réalisé uniquement dans des centres publics ou à but non lucratif : autant de facteurs qui limitent le vivier.

Pourquoi la Grèce n'a pas ce problème

La Grèce a fait des choix juridiques différents, décrits en détail dans l'article sur le cadre légal du don. Trois points expliquent l'absence de liste d'attente :

  • L'indemnisation encadrée. La loi 3305/2005 interdit la rémunération, mais autorise une indemnisation forfaitaire fixée par l'Autorité nationale de la PMA, qui couvre le temps, les déplacements et la contrainte médicale. Cela rend le don accessible à des femmes qui ne pourraient pas se le permettre bénévolement.
  • L'anonymat strict. La donneuse sait que son identité ne sera jamais communiquée, ce qui, en Grèce, est perçu comme une protection et non comme un obstacle.
  • Un réseau de centres privés agréés. Plus de cinquante centres, concentrés à Athènes, Thessalonique et en Crète, avec leurs propres programmes de recrutement et de suivi des donneuses.

Le résultat, dans la pratique : entre le premier contact et le transfert, il faut compter deux à quatre mois, et l'essentiel de ce délai tient à la préparation de votre propre dossier, pas à l'attente d'une donneuse.

Ce que « pas d'attente » veut dire, et ce que cela ne veut pas dire

Je tiens à nuancer. « Pas d'attente » ne signifie pas « n'importe quelle donneuse tout de suite ». Un centre sérieux sélectionne la donneuse selon vos caractéristiques phénotypiques (couleur des yeux, des cheveux, taille, groupe sanguin) et effectue les examens obligatoires : sérologies, caryotype, dépistage génétique des maladies récessives les plus fréquentes, entretien psychologique. Si votre profil est peu courant, l'appariement peut prendre quelques semaines de plus. C'est une attente de quelques semaines, pas de deux ans, mais il faut la prévoir.

Il faut aussi savoir que les ovocytes frais et les ovocytes vitrifiés coexistent. Un cycle avec donneuse synchronisée donne en général plus d'embryons ; un cycle avec ovocytes vitrifiés de la banque du centre est plus rapide à programmer. Le médecin doit vous expliquer ce qu'il propose et pourquoi.

Le coût, sans détour

En France, le don d'ovocytes est pris en charge à 100 % dans le cadre des quatre tentatives remboursées. En Grèce, il est à votre charge : comptez, à titre indicatif, entre 5 000 et 8 000 euros pour un cycle complet avec don, hors médicaments et voyage. Le détail des prix est dans cet article. Un remboursement partiel par le formulaire S2 reste possible sous conditions, si vous êtes encore dans le cadre remboursable en France.

Comment décider

Ma recommandation est toujours la même : inscrivez-vous en France si vous y êtes éligible, car cela ne coûte rien et ne vous engage pas. Puis évaluez honnêtement ce que représentent 22 mois à votre âge. Si la réponse est « trop », la Grèce est une option sérieuse, légale et encadrée. Le premier échange avec moi sert précisément à mettre ces deux options côte à côte, avec des dates réelles.

Questions fréquentes

Quel est le délai pour un don d'ovocytes en France en 2026 ?

Selon l'Agence de la biomédecine, le délai moyen de prise en charge était d'environ 22 mois en 2025, avec des écarts importants selon les régions. Il peut atteindre plusieurs années dans certains centres.

Combien de temps faut-il pour un don d'ovocytes en Grèce ?

Deux à quatre mois entre le premier contact et le transfert, l'essentiel du délai tenant à votre bilan et à la préparation de l'endomètre. L'appariement avec une donneuse prend en général quelques semaines.

Pourquoi y a-t-il plus de donneuses en Grèce qu'en France ?

Parce que le don y est indemnisé forfaitairement et strictement anonyme, et parce qu'un large réseau de centres privés agréés recrute et suit les donneuses. En France, le don est purement bénévole et limité au secteur public.

Puis-je rester inscrite en France tout en allant en Grèce ?

Oui. L'inscription en France ne vous engage pas et ne vous interdit pas de vous faire soigner ailleurs. Prévenez simplement votre centre si vous obtenez une grossesse.

Sources
  1. Agence de la biomédecine — activité 2025 de l'assistance médicale à la procréation avec don, délais moyens de prise en charge (communiqué 2026).
  2. Agence de la biomédecine — rapport annuel, nombre de donneuses d'ovocytes 2024-2025.
  3. Loi grecque 3305/2005, articles 8 et 13 (anonymat, interdiction de rémunération, indemnisation encadrée).
  4. Autorité nationale grecque de la PMA — décision fixant le montant de l'indemnisation des donneuses.
Cet article est une information générale d'ordre pratique et administratif. Il ne constitue ni un conseil médical ni un conseil juridique. Les règles et les montants évoluent : vérifiez toujours l'information à jour auprès de votre caisse d'assurance maladie, du centre qui vous suit et de votre médecin.
TB

Triada Baloukoudis
Coordinatrice indépendante de parcours FIV en Grèce, 24 ans d'expérience auprès des patientes francophones. En savoir plus · Contact

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